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Qui a rédigé et composé les Cantigas?

Cette question n'aura certainement jamais de réponse définitive.

Alphonse le Sage, instigateur du projet, pourrait avoir rédigé lui-même certains textes et pourrait avoir composé des musiques. Sur la miniature illustrant le prologue, on voit le souverain entrain de dicter un texte à des scribes assis à ses côtés. Alphonse a un livre devant lui, qu'on peut imaginer être un recueil de miracles accomplis par Santa Maria, dans lequel il trouverait le thème des chansons qu'il versifierait ensuite pour en faire des chansons. L'introduction de certaines cantigas cite parfois directement les sources écrites dans lesquels le narrateur a trouvé le miracle raconté dans la cantiga.

L'hypothèse qu'Alphonse soit au moins en partie l'auteur des cantigas est corroborée par le fait que de nombreuses cantigas sont introduites par un texte à la première personne : "J'ai entendu un miracle dont je veux vous parler, comme moi-même je l'entendis conter". De même, dans le texte du prologue Alphonse écrit : "j'ai composé ces vers et ce que je désire, c'est que la Vierge fasse de moi son troubadour". A noter que dans les cantigas le poète utilise les codes de l'amour courtois cher aux troubadours, mais en remplaçant la "dame inaccessible" dont le troubadour est amoureux par la Vierge Marie, dont il loue la beauté et les bienfaits.

A-t-il réellement rédigé et composé certaines cantigas? Le mystère demeure, mais les chercheurs répondent généralement par l'affirmative.

Ce qui est certain, c'est qu'Alphonse a engagé le personnel nécessaire pour mener à bien la rédaction de cantigas : des lettristes, des miniaturistes, des traceurs de portées, des copistes, mais également des musiciens et des chanteurs pour les interpréter et peut-être pour les composer ou l'aider à les composer (un registre recense 26 musiciens et danseuses engagés à sa cour). Toujours sur l'illustration du prologue, on voit un groupe de musiciens à gauche et un groupe de chanteurs à droite, pendant qu'Alphonse dicte les chansons au scribe.

De même pour les savants qu'il invite à sa cour, les musiciens viennent de toute l'Europe et d'Orient. Deux troubadours occitans ont séjourné à sa cour : Guiraut Riquier, qui y a passé 10 ans, mais aussi Guillaume Cadenet. Ce dernier s'y est réfugié pour fuir les persécutions de la Croisade des Albigeois. Une des cantigas est d'ailleurs une "contrefacta" d'une de ses chansons (pratique très répandue au Moyen Age d'utiliser une musique existante avec d'autres paroles ou inversement). A noter qu'une autre cantiga est une "contrefacta" d'un conduit de l'école de Notre Dame de Paris.

Non seulement les musiciens ont plusieurs "nationalités", mais ils sont de diverses confessions : on y trouve logiquement en grande majorité des Chrétiens, mais également des Musulmans et des Juifs, comme on peut le voir sur la miniature des deux musiciens ci-dessus. Ces derniers ont peut-être contribué à la rédaction et à la composition des cantigas, ce qui a amené certains interprètes à utiliser des instruments, des techniques vocales et des rythmes de la musique arabo-andalouse ou de la musique sépharade. Cette présence de musiciens juifs et arabes à la cour d'Alphonse le Sage fait qu'il est parfois présenté, notamment dans les livrets de certains enregistrements, comme un modèle de souverain tolérant. C'est tentant, mais c'est oublier que plusieurs cantigas ont un contenu antisémite ou présentent les Maures sous la forme de suppôts de  Satan.

Rédaction et composition des cantigas: Texte
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